Quel impact de la crise du COVID-19 sur les startups des Hauts-de-France?

Photo by Fabien Bazanegue on Unsplash

L’actualité économique est aujourd’hui quasiment intégralement concentrée sur la crise générée par la pandémie et son impact sur les entreprises de manière générale. Mais quid de l’écosystème si particulier des entreprises innovantes?

L’impact de la récession qui s’annonce serait potentiellement différent pour les startups qui, par nature, ont un mode de fonctionnement et une trajectoire de développement différente de beaucoup d’entreprises aux modèles plus traditionnels. Beaucoup ne font pas ou peu de chiffre d’affaires, ont des flux de trésorerie très optimisés (en flux tendu souvent) et ont une dépendance extrêmement importante à leur carnet de commandes et/ou leurs partenaires financiers (banques, fonds…).

Dans le cadre de notre stratégie de réponse à la situation et d’accompagnement de nos lauréats, nous avons souhaité prendre la mesure de l’impact du Covid19 en contactant individuellement nos lauréats, notamment les promotions récentes qui pourraient montrer plus de signes de fragilité à l’égard de la situation. Ces échanges nous ont conduits à dresser les premiers éléments d’une analyse de la réaction de l’écosystème des jeunes entreprises innovantes en Hauts-de-France à la situation.

  • Le secteur d’activité de l’entreprise : certains services aux entreprises, la formation à distance ou la santé sont moins impactés, d’autres comme l’événementiel, les loisirs ou les activités en lien avec des sites de production, la restauration ou des administrations publiques subissent de plein fouet la situation ;
  • Son stade de développement commercial : avant ou après le lancement, intensité de la démarche de prospection… ;
  • Son état financier : trésorerie, levée de fonds…;
  • Sa capacité à poursuivre l’activité malgré le confinement (possibilité de télétravail, présence ou non d’une activité de production…).

En somme, on observe un paysage disparate qui reste marqué de manière générale par un ralentissement ou arrêt de l’activité commerciale, un besoin d’ajuster son organisation au contexte du confinement (management à distance, télétravail) et un recentrage sur les activités à plus forte valeur ajoutée pour l’entreprise.

L’élément récurrent chez tous les dirigeants interrogés est donc celui d’une réflexion stratégique qui se fait à marche plus ou moins forcée, qui se traduit par un pivot ou des scénarios d’évitement des répercussions économiques de la crise.

Beaucoup d’éléments du constat général de l’impact du Covid19 valent pour les jeunes entreprises innovantes : ralentissement ou arrêt de l’activité commerciale, besoin d’ajuster son organisation (télétravail, management à distance), difficultés financières…

Les startups sont cependant impactées de manière beaucoup plus forte par les difficultés de trésorerie : elles conçoivent leur stratégie de développement en flux tendu commercialement, où les imprévus financiers peuvent peser lourd sur l’avenir de la société.

Elles doivent donc ajuster leur stratégie et leur modèle rapidement en fonction des changements de leur environnement pour retrouver une forme de viabilité économique : nouvelles activités, changements de segments clients, nouvelles actions commerciales… Tout en gardant à l’esprit que le retour sur investissement de ces actions doit être rapide.

yper, un service de livraison collaborative lauréat Hodéfi a du adapter son activité rapidement en fonction des évolutions de la situation, comme en témoigne son cofondateur Jacques Staquet :

yper fait face à un gros flux de contacts entrants par des commerçants en recherche de solution de livraison au départ de leurs points de vente. Actuellement le service n’est disponible que pour des livraisons de produits de première nécessité (courses alimentaires) et nous avons globalement un triplement de l’activité sur ce type de livraisons.

Comme de nombreuses entreprises nous apprenons le télétravail comme nouvelle norme, les « meet » et les « call », des « slacks » encore plus que d’habitude, le faux rythme entre vie pro et vie perso, le chômage partiel pour une partie des équipes chez you2you, des coups de fatigue des poussées d’adrénaline… On a quand même une grande envie d’avancer sur les projets et d’en profiter pour se réinventer toujours plus et de saisir les opportunités… et d’en provoquer ! Tout en acceptant la distance qui nous est imposée, nous sommes chaque jour confortés par l’engagement des troupes et nous les en remercions.

Lorsque la trésorerie le permet, beaucoup de sociétés choisissent de se recentrer sur leurs activités de R&D ou de production (édition logicielle, applications…) De cette manière, elles peuvent maintenir les salariés en télétravail sur des activités à valeur ajoutée pour l’entreprise.

D’autres sociétés ont également mis en place une stratégie autour de leur portefeuille client effectif. Plutôt que de se concentrer sur la prospection alors que les cycles de décision sont ralentis voire gelés, elles se posent la question de la valeur qu’elles peuvent apporter à leurs clients actuels. Cette stratégie est d’autant plus intéressante que les entreprises peuvent parfois adresser les difficultés nouvelles liées au contexte éprouvées par leurs clients.

Paprwork développe une solution de partage documentaire sécurisée et a fait le choix de se concentrer sur son portefeuille client, comme nous l’explique Maxime Roussel, son cofondateur :

Nous nous sommes tout de suite concentrés sur nos clients. La collecte documentaire sécurisée continue pour eux pendant l’épidémie. Nous souhaitions d’abord les rassurer sur le fait que Paprwork tournait à plein régime. Notre priorité a été de les écouter et de répondre à des besoins spécifiques liés à la crise (collecte supplémentaire, onboarding de nouveaux utilisateurs en télétravail,..). Cette période complexe nous permet de personnaliser encore plus l’accompagnement et de renforcer nos liens avec la communauté des utilisateurs.

En somme, le ralentissement de l’activité commerciale soulève des questions de fond sur la prise de décisions stratégiques : où se trouvent les activités à plus forte valeur ajoutée pour l’entreprise et ses clients aujourd’hui? Comment élaborer un plan d’actions sur l’analyse dressée par le dirigeant? Comment évaluer le coût futur d’un revirement stratégique aujourd’hui?

Pour faire face à leurs difficultés de trésorerie, de nombreuses sociétés ont décidé de faire appel au prêt garanti par l’état ou à des prêts de leurs partenaires bancaires. Elles ont également initié un certain nombre d’actions : reports d’échéances, chômage partiel…

Certaines entreprises sont en situation de levée de fonds et sont soumises aujourd’hui au report des négociations avec les investisseurs. Cela fait peser un poids sur leur trésorerie et les amène à contracter des prêts relais en attendant la reprise des discussions. Au delà du report, c’est le manque de visibilité sur le positionnement des investisseurs qui suscite le plus de questions chez les dirigeants.

Margot Corréard et Jean-François Bouin, les cofondateurs DiagRAMS Technologies développent un logiciel d’analyse prédictive dans l’industrie. Ils se retrouvent actuellement confrontés à cette problématique :

Si l’activité de nos partenaires industriels tourne à plein régime dans les secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie, les équipes sur site sont peu disponibles pour débuter de nouveaux projets dans ce contexte. Les projets sont décalés, et les fonds annoncent une reprise d’investissement d’ici fin 2020… Ces nouveaux calendriers ont un impact sur notre levée. Mais nous sommes confiants sur la reprise car cette période difficile montre à quel point une industrie nationale forte et flexible est importante. Cela s’inscrit pleinement dans la dynamique industrie 4.0. En attendant, nous gardons contact et nous reprendrons les pitchs avec les investisseurs en présentiel (bien plus efficace qu’en visio !) dès que nous pourrons !

L’incapacité d’appréhender les conséquences de la crise suscitée par la pandémie sur l’activité de l’entreprise génère également des inquiétudes. Des changements dans l’activité et l’évolution de la santé financière peuvent par exemple influencer les discussions avec les investisseurs et peser dans la négociation.

Hodéfi, le partenaire d’amorçage des startups en Hauts-de-France.

Hodéfi, le partenaire d’amorçage des startups en Hauts-de-France.